Le Musée du barreau a consacré la 9e édition du Festival du film judiciaire du barreau de Paris à l’œuvre de Costa Gavras.
Nous avons projeté « Z » (1969) « L’Aveu » (1970) « Section spéciale » (1975) et « Music Box » (1989), qui composent, à eux quatre, une réflexion implacable sur la justice confrontée à la raison d’État, où s’affrontent dans le prétoire légalité et légitimité, vérité et mensonges imposés.
« Section spéciale » montre la fabrication assumée par Vichy pendant l’Occupation d’une juridiction d’exception et l’adoption de lois rétroactives pour parvenir à des condamnations déjà décidées. « L’Aveu » dissèque la mise en scène d’un procès stalinien à Prague en 1952, où la preuve est remplacée par un aveu extorqué. « Z » met en lumière les entraves opposées à l’enquête et la pression exercée sur l’autorité judiciaire par le pouvoir, en Grèce, dans les années 60. « Music Box », enfin, aborde, aux États-Unis, la question de la justice tardive contre les crimes contre l’humanité et la force des archives face au déni.
Dans chacun, Costa-Gavras vise la ligne de fracture essentielle, celle à partir de laquelle la justice cesse d’être un contre-pouvoir pour devenir l’instrument du pouvoir. Ces films rappellent que l’exception procédurale, la manipulation de la preuve ou la passivité des magistrats ne relèvent pas seulement de l’histoire, mais constituent des risques structurels dès lors que l’indépendance judiciaire vacille.
Costa Gravas lui-même, accompagné de son épouse, nous a fait l’honneur d’ouvrir le festival, lors de la première projection, en l’occurrence celle de section spéciale. Ils furent accueillis par le bâtonnier et la vice-bâtonnière. Il nous a dit son amour de la France, depuis qu’il a effectué la fin de ses études à la Sorbonne, et qu’il n’a plus quitté depuis. Il a dit aussi sa passion de la justice et sa reconnaissance pour les combats du barreau de Paris, qui ne lui sont pas inconnus. Il est resté jusqu’à la fin de la projection. Et, lorsque les lumières se sont rallumées, la salle comble l’a gratifié d’une standing ovation de plus de 15 min. Il en avait les larmes aux yeux…







