Claude Buffet est né en 1933 dans une famille d’ouvriers. Après une adolescence agitée, il s’engage dans la Légion étrangère et part en Indochine. Il déserte en 1954 après la bataille de Dien Bien Phu mais est rattrapé par la Légion qui l’envoie en Algérie puis au Maroc. Il est démobilisé en 1958, rentre en France, se marie, devient père mais bascule rapidement dans la délinquance.

Il repère et agresse des femmes seules, dérobant leur sac et s’enfuit à bord d’un véhicule. En 1967, celui qui est surnommé « l’agresseur des femmes seules » compte déjà une quarantaine d’agressions à son actif. Le 18 janvier 1967, il dérape, tuant par balles la femme qu’il vient d’agresser. Il est arrêté quelques jours plus tard, au sujet d’une autre affaire, et avoue ce crime aux policiers.

Portrait de Claude Buffet. Cliché Interpress. 1967. Au verso : « Au bout de 32 heures d’interrogation, ils sont sortis de chez le commissaire Jobart. Après 32 heures d’interrogatoire et de confrontation Claude Buffet a été écroué cette nuit. Interpress photo montre : Claude Buffet sort de chez le commissaire Jobart et tente de se cacher le visage. Paris le 10.2.1967 ».

Le procès se déroule le 15 octobre 1970 à la Cour d’Assises de Paris, Claude Buffet, coupable, est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, ce qui le mécontente, lui qui voulait être condamné à mort. Il est transféré à la prison de Clairvaux où il fait la connaissance avec son compagnon de cellule Roger Bontems.

Roger Bontems est un ancien militaire, purgeant une peine de 20 ans pour avoir grièvement blessé un chauffeur de taxi qu’il avait agressé, et qui a déjà plusieurs tentatives d’évasion à son actif. Roger et Claude mettent alors au point un plan pour s’évader.

Le 21 septembre 1971, se plaignant de douleurs abdominales, Roger et Claude sont transférés à l’infirmerie de la prison, où ils prennent en otage trois personnes : le gardien, l’infirmière et un détenu infirmier, les menaçant avec des armes blanches. Un dialogue s’engage entre les preneurs d’otages et le procureur de la République de Troyes : ils exigent deux voitures, des armes et un million d’anciens francs en espèces. Les journalistes alertés commencent à arriver et tout le pays pourra suivre en direct l’évolution de cette prise d’otage.

Le dialogue étant vain, les forces de l’Ordre donnent l’assaut dans la nuit ; « les assassins de Clairvaux » sont mis hors d’état de nuire, mais deux des otages sont morts, égorgés.

Leur procès s’ouvre à Troyes devant la Cour d’Assises de l’Aube le 27 juin 1972 et durera 3 jours. L’enquête établie que celui qui a porté les coups mortels est Claude Buffet, qui avoue : « je désire la mort » dit-il à l’audience. Quant à Bontems, il fait profil bas, espérant sauver sa tête.

Extrait de « Détective », 1972.

Claude Buffet est défendu par Thierry Lévy, alors jeune avocat de 26 ans, et Me Crauste. Roger Bontems est défendu par Philippe Lemaire et Robert Badinter, encore inconnu du grand public. Ces brillants avocats ne réussiront pas à sauver leurs clients, condamnés le 29 juin à la peine capitale. Robert Badinter demandera au Président de la République Georges Pompidou une grâce pour son client, et ce d’autant que depuis son élection en 1969, ce dernier a gracié tous les condamnés à mort ; or la demande est refusée.

Portrait de Me Thierry Lévy. Cliché Keystone. 1972. Au verso : « Aux Assises de l’Aube : procès de Buffet et Bontemps les assassins de Clairvaux . Le procès de Claude Buffet, l’égorgeur de la prison de Clairvaux, et de Roger Bontemps se poursuit devant les Assises de l’Aube. NPM : Me Thierry Lévy, défenseur de Buffet, arrivant au tribunal, A Troyes ».

 

Claude Buffet et Roger Bontems seront guillotinés le 28 novembre dans la cour de la prison de la Santé. Cette exécution est la dernière qui a lieu à Paris. Après Buffet et Bontems, seuls quatre condamnés sont guillotinés en France.

Me Badinter et Me Lemaire arrivent à la prison de la Santé. Cliché A.F.P., 1972. Au verso : « Paris. Prison de la Santé. Exécution de Buffet et Bontems. C’est dans le froid vif de ce petit matin triste qu’à 05h13 puis à 05h20 ont été successivement exécutés Buffet et Bontems, dans la cour intérieure de la prison de la Santé. Dès 3 heures, le Boulevard Arago connaissait une animation inhabituelle : patrouille de voitures de police, puis un double barrage de gardiens de la paix qui, placés à chaque extrémité de la Rue de la Santé, en interdisant l’accès. A 4 heures du matin, Mes Thierry Levy, Remy Crauste, défenseurs de Buffet, Mes Philippe Lemaire et Robert Badinter avocats de Bontems arrivaient dans la même voiture ».

 

C’est en quittant cette exécution que Robert Badinter s’est promis de ne plus jamais accepter cette « justice qui tue », engageant son combat pour l’abolition de la peine de mort.

 

Extrait de « L’Aurore », 29 novembre 1972. Après l’exécution, Me Lemaire, bouleversé, s’effondre sur l’épaule de Me Robert Badinter.

 

Bibliographie

Robert Badinter, l’Exécution, Editions Gasset et Fasquelle, 1973.