Né en 1922 à Vitré, d’un père chef de brigade de gendarmerie, Pierre Carrot se fait employer à l’âge de 13 ans comme mousse sur un bateau et bourlingue dans toutes les mers. Il gagnera sa première condamnation pour avoir frappé son commandant. Il prend ensuite le chemin du banditisme, rompant tous liens avec sa famille.

Pierre Carrot est cambrioleur, ami de Jo Attia, agissant principalement avec deux complices, Pierre Hervouët (dit le « Grand Pierrot ») et Robert Méry, dit Robert le Relégué (surnom dû au fait qu’il n’hésitait pas à revenir sur les lieux qu’il avait déjà cambriolés).

Il est arrêté une première fois en novembre 1946 à Paris dans un bar de la rue Saint-Denis. Il a 24 ans, et déjà bien connu des services de police : titulaire de sept condamnations, tentative d’évasion de la prison d’Auxerre, recherché par les parquets de nombreuses villes de province et de la Réunion, précise le journal L’Ordre du 19 novembre 1946.

Pierre Loutrel et Joe Attia dans le box des accusés. Cliché France Soir, 1946.

Arrêté une seconde fois en juillet 1948, il parvient, le 2 juillet, avec ses deux complices à s’échapper des locaux de la police mobile de la rue Bassano, à l’aide d’un révolver en carton et d’une épingle à nourrice, et profite de cette courte liberté pour commettre plusieurs méfaits. Le 9 juillet 1948, il assomme un industriel de Neuilly et lui dérobe 500 000 francs. Son complice René Mâle dit René l’Américain fut repris 7 jours après, Pierre Carrot à la fin du mois, et Hervouët deux mois plus tard. Pierrot-le-Fou n°2 est arrêté le 29 juillet 1948 dans les combles d’un immeuble au 85 rue Chariot, à deux pas du boulevard du Temple. La presse multiplie les titres sur sa capture car la police ne savait pas encore que Pierre Loutrel était mort.  Le procès se déroulera le 14 novembre 1949 devant la 16e chambre correctionnelle pour tentative d’évasion.

Avis de recherche active de Pierre Carrot, évadé le 2 juillet 1948.

 

Arrestation de Pierre Carrot. Cliché Paul Lemesle pour « L’Intransigeant », 1948.

A la différence de Pierre Loutrel, le commissaire Chenevier note que Pierre Carrot a commis des agressions à main armée mais qu’« il n’a jamais tiré sur les représentants de l’ordre ni sur les personnes auxquelles il avait « à mal faire ». Il n’a jamais blessé personne. Il n’a jamais fait couler de sang ». Pierre Carrot, 1,90m pour 90 kilos avait une force légendaire : « ne parvenait-il pas à se hisser du rez-de-chaussée de la prison de Fresnes, par les murs extérieurs, les fers aux mains, jusqu’au 4e étage ! !! ». Il a réussi 6 évasions spectaculaires et manqué une vingtaine.

Pierre Carrot sera jugé à plusieurs reprises. Il est condamné le 8 octobre 1949 par la 17e chambre correctionnelle à 18 mois de prison et relégation (peine complémentaire frappant les récidivistes par laquelle un condamné est obligé de résider hors du territoire métropolitain) pour trafic de voitures volées. Le 1er novembre 1949, à la 12e chambre correctionnelle, il est notifié par le juge d’instruction de 7 inculpations pour vols qualifiés + 6 précédentes (vols, évasion, association de malfaiteurs). Il est défendu par Me Maurice Gryspan.

Le 6 février 1950, Pierre Carrot est condamné par la 14e chambre correctionnelle à 6 mois d’emprisonnement pour sa tentative d’évasion de la prison de Fresnes le 20 juillet 1949. Il avait avec ses complices sciés les barreaux de sa cellule puis tenter de fuir par les toits avant d’être repris par les gardiens ; tentant alors d’arracher l’arme de l’un de ceux-ci, il reçut une balle dans le ventre provoquant une blessure grave.  Ce qui ne le dissuadera pas de recommencer à plusieurs reprises, notamment en septembre 1950 : il est surpris perçant le mur de sa cellule. La perquisition a permis la découverte de scies à métaux, de couteaux, révolvers et même une mitraillette !

L’un des procès les plus importants de Pierrot-le-Fou n°2 et de ses complices se déroule à la Cour d’Assises de Paris en octobre 1951 : tous sont inculpés de vols qualifiés et associations de malfaiteurs. Le premier jour du procès, avant de venir devant les juges, il simule une crise nerveuse dans la Souricière, se raidit et brise ses menottes. Il saisit un banc et le brandit sur les policiers qui arrivent difficilement à le maitriser : « le surnom de Pierrot-le-Fou se trouvait cette fois justifié » écrira le journaliste du Figaro. Pierre Carrot explique d’ailleurs au Président qui lui demande l’origine de son surnom, que quand il a bu, il tire des coups de révolver au hasard…. Lors de l’audience, le dispositif policier est renforcé autour de Pierre ; en effet, si un seul garde est affecté pour son complice Niro, Pierre Carrot mobilise « un garde [est] à sa droite, un autre à sa gauche, un derrière lui, un encore à l’autre bout du box. A côté de ce box, encore un garde en faction. Au pied de la Cour, quatre autres représentants de la force publique, plus le chef… Enfin un dernier garde est placé devant la porte d’entrée des témoins, soit au total dix gardes et demi dans la salle ! » rapporte le quotidien Ce Soir du 24 octobre 1951.

Le banc des accusés. En haut, de gauche à droite : René Male ; Pierre Carrot ; René Belin, Pierre Hervouët. Cliché AGIP / Robert Cohen, 1951.

Lors de cette audience, il affiche un grand sourire, désireux de se montrer en bon garçon. Il évoque peu ses évasions et nombreuses tentatives et ne reconnaît qu’un délit, celui du vol de tissu chez M. Tomasi, tailleur à Villejuif. Les audiences seront consacrées à 6 de ses exploits.

Le verdict du 27 octobre condamne Pierre Carrot (défendu par Me Maurice Gryspan), René Male et Pierre Hervouët aux travaux forcés à perpétuité et à la relégation. Pierre est toutefois acquitté pour l’inculpation de viol d’une de ses victimes, Mme Laine. Il accueille ses condamnations avec le sourire. A la fin de ce procès, 22 affaires sont encore à l’instruction. Pierre Carrot est décrit dans la presse comme « une terreur de quartier, une terreur de pacotille » et qualifie son arrestation par la brigade de Chenevier comme « dépourvue de prestige ; il se laissa prendre comme un gamin, sans coup férir, en caleçon, ce qui enlevait encore à sa Majesté » (Détective du 5 novembre 1951).

Pierre Carrot est rejugé en janvier 1953 pour trois attaques d’usine commises en 1946. A la fin de la 5e audience, le 23 janvier, la Cour d’Assises de la Seine le condamne à 10 ans de travaux forcés et à la relégation, et 8 ans, 5 ans et 4 ans d’emprisonnement simple pour ses complices. Deux d’entre eux seront acquittés. Après le verdict, le président s’adresse à lui : « Nous n’avons pas craint de faire preuve d’une certaine indulgence à votre égard, car il n’est pas impossible qu’un jour ou l’autre vous puissiez bénéficier d’une mesure de clémence », et Pierre Carrot de lui répondre : « Je vous remercie, mais vous savez… j’ai tellement de condamnations sur le dos… ». (Combat)

En 1976, Pierre Carrot est en liberté conditionnelle, s’occupe de sa maman et veille à ce que l’on ne parle plus jamais de lui.

 

Archives

Le Musée du Barreau conserve plusieurs photographies de l’arrestation et des procès de Pierre Carrot, provenant de la collection de Philippe Zoumeroff, acquisition 2014.

Bibliographie

Gallica-BNF

L’Ordre, 19 novembre 1946

L’Intransigeant 25 septembre 1948

Combat, 22 juillet 1949

Le Petit Marocain, 7 février 1950.

Le Tell, journal des intérêts coloniaux, 9 septembre 1950.

Libération, 23 octobre 1951

Ce soir, 24 octobre 1951

Le Figaro, 24 octobre 1951

Alger républicain, 26 octobre 1951

Paris presse – l’Intransigeant, 27 octobre 1951

France Soir, 28 octobre 1951

Combat, 24 juillet 1953.

 

Criminocorpus

Article de Jean Vilmont, Pierre Carrot dit ‘Pierrot le Fou n°2″.