Dans sa fable IX du livre neuvième des Fables de La Fontaine, Jean de la Fontaine montre, par une satire de la justice, que le système judiciaire se fait aux dépens de ceux qui font appel à lui ; puis il critique les hommes en soulignant le désordre des rapports humains. Cette fable a inspiré de nombreux artistes, et le Musée conserve quelques interprétations visuelles de cette fable.

 

Gravure noir et blanc, anonyme, 18è siècle. La Justice est représentée assise, mangeant une huître de la main gauche. Dans sa main droite, elle tend sa balance où reposent des coquilles. Derrière elle : les deux plaideurs se disputent.

 

Fable de la Fontaine :

Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrent
Une Huître que le flot y venait d’apporter :
Ils l’avalent des yeux, du doigt ils se la montrent ;
A l’égard de la dent il fallut contester. L’un se baissait déjà pour amasser la proie ;
L’autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir
Qui de nous en aura la joie.
Celui qui le premier a pu l’apercevoir
En sera le gobeur ; l’autre le verra faire.
– Si par là on juge l’affaire,
Reprit son compagnon, j’ai l’œil bon, Dieu merci.
– Je ne l’ai pas mauvais aussi,
Dit l’autre, et je l’ai vue avant vous, sur ma vie.
– Eh bien ! vous l’avez vue, et moi je l’ai sentie.
Pendant tout ce bel incident,
Perrin Dandin arrive : ils le prennent pour juge.
Perrin fort gravement ouvre l’Huître, et la gruge,
Nos deux Messieurs le regardant.
Ce repas fait, il dit d’un ton de Président :
Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille
Sans dépens, et qu’en paix chacun chez soi s’en aille.

 

Lithographie noir et blanc de Godefroy II Engelmann d’après Horace Vernet, 19ème siècle. Acquisition 2008.

 

Caricatures extraites de l’imprimé Les Travailleurs de la Bavette, Par Henry Torrès et le dessinateur Plus, 1935.